Entre télétravail, relations avec les journalistes et événementiel

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L’Institut Curie : Pendant le Covid, nous avons été quand même très présents, en essayant au maximum de coller à l’actualité et en faisant la promotion de l’expertise recherche hors cancer...

#JaimeLaCom

Catherine Goupillon-Senghor et Elsa Champion de l’Institut Curie nous font part des mutations engendrées par la crise sanitaire sur les métiers de la communication.

Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Catherine Goupillon Senghor :

Je suis responsable du pôle Relations médias et visibilité internationale de l’Institut Curie. Après des études de biologie et génétique, j’ai suivi une formation de communication scientifique et technique et de journalisme scientifique. Je suis arrivée à l’Institut Curie en alternance il y a 27 ans où j’ai fait essentiellement des relations presse, de l’événementiel et de la communication externe. Nos périmètres ont évolué au fil du temps et des professionnalisations des différents métiers de la communication et de la collecte de fonds.

Elsa Champion :

Je suis responsable adjointe du pôle Relations médias et visibilité internationale de l’Institut Curie. Comme Catherine, j’ai une double formation en biologie et communication scientifique. Je fais des relations presse depuis plus de 10 ans. Je suis passée par le CNRS, l’Inra et je suis arrivée à l’Institut Curie depuis février 2020, juste avant le début de la crise Covid.

Comment est organisé votre service de presse ?

Catherine Goupillon Senghor :

Nous sommes sur un périmètre 360°. Notre visibilité concerne aussi bien l’activité scientifique et médicale, le cœur de notre activité, que l’institutionnel et l’événementiel. Nous avons un soutien important de la part de l’agence Havas. En interne, nous sommes beaucoup sur la production écrite des contenus, l’interface avec les porte-paroles, la stratégie, et nous avons des contacts très privilégiés avec certains journalistes. Havas est davantage sur la diffusion, les recommandations, les partenariats médias et les relances notamment pour nos grosses opérations annuelles comme Une Jonquille contre le cancer.

Comment votre travail a-t-il été impacté par la crise sanitaire ?

Elsa Champion :

Toutes nos actions ont été annulées et pendant les premiers mois, notre communication était uniquement dédiée au Covid.

Catherine Goupillon Senghor :

Oui, tout était surprenant au niveau de l’attitude des journalistes, on avançait en marchant, tout le monde était suspendu à l’actualité de la maladie, aux annonces du gouvernement. Les grands congrès de cancérologie se sont transformés en réunions virtuelles avec un impact évidemment moindre. Les médias étaient complétement focalisés sur le Covid. Donc le cancer, au début en tous cas, ne faisait plus partie des sujets habituels, nous n’avions plus aucunes demandes entrantes. C’est pour ça qu’il a fallu à un moment donné qu’on intéresse les journalistes autrement parce qu’ils ne venaient plus vers nous de façon spontanée. Nous avons 300 demandes entrantes par an en temps normal, les journalistes nous sollicitent beaucoup.

Puis les choses ont évolué au fil de la crise. Les journalistes ont commencé à s’intéresser aux pertes de chances liées au cancer parce que les gens n’allaient plus à l’hôpital et ne faisaient plus leurs examens par peur du Covid. Ils ont commencé à se ré-intéresser au cancer à la rentrée de septembre 2020.

Concernant les podcasts, nous avons réalisé 10 épisodes dédiés au virus à la fois sur les projets de recherche de nos équipes et sur la prise en charge des cancers dans ce contexte, qui ont généré à peu près 2 000 écoutes. L’enjeu était d’être proactif car on ne pense pas à l’Institut Curie quand on parle Covid, on pense plutôt à Pasteur. Mais nous sommes satisfaits car les résultats sont quand même très honorables. De façon globale, la médiatisation de Curie en 2020 a baissé un peu mais l’important c’est que nous avons gardé dans ce volume global plus faible notre part élevée d’actualité scientifique et médicale, et ça c’était vraiment l’enjeu étant donné que tout l’événementiel avait subitement disparu.

Votre métier a-t-il évolué après cette période inédite ?

Catherine Goupillon Senghor :

Globalement, tout le monde s’est beaucoup digitalisé que ce soit à travers les réunions via Teams ou autre. Nous avons expérimenté des choses comme les points presse en visioconférence. Ça a plutôt bien fonctionné car nous avions plus de journalistes inscrits donc c’est quelque chose que nous allons poursuivre. A partir du moment où nous n’avons rien à montrer, il y a moins besoin de les faire venir chez nous. C’est un gain de temps énorme pour eux et ça va nous permettre de travailler autrement. L’idée serait de les inviter pour des visites et leur montrer des activités innovantes, à des occasions qui valent vraiment la peine. Nous avons aussi repensé notre production de contenus.

En 2019, on avait lancé des podcasts immersifs et assez longs. Avec le Covid, on a réorienté notre ligne éditoriale en réalisant des formats plus courts et davantage en réaction à l’actualité, notamment autour de la prise en charge du cancer pendant le Covid. Nous avons ressenti une forte demande de la part des patients qui voulaient savoir ce qu’il se passait et le podcast a permis de faire le point là-dessus.

Elsa Champion :

Beaucoup de scientifiques du Centre de recherche se sont mobilisés autour de projets Covid qui ont mobilisé leurs expertises et leurs compétences et qui n’étaient plus forcément en lien direct avec leurs travaux de recherche en cancérologie. Certaines équipes ont ainsi répondu à des appels d’offres « Covid », ce qui nous a permis de communiquer et d’être proactifs par exemple à travers les podcasts. Nous avons organisé un point presse (virtuel) dédié aux tests antigéniques avec Franck Perez (chercheur CNRS et directeur d’unité à l’Institut Curie) qui a mobilisé une vingtaine de journalistes. L’événement a permis d’identifier Franck Perez comme expert sur le sujet et il a répondu à plusieurs reprises à des sollicitations médias sur le sujet.

Finalement, ce sont près de 20 projets « Covid » qui ont vu le jour à l’Institut Curie, au centre de recherche mais également au sein de l’Ensemble Hospitalier et sur lesquels nous nous sommes appuyés pour communiquer. Par exemple, l’étude de sérologie Curie-O-SA a fait appel à des volontaires parmi le personnel de l’Institut Curie pour étudier la réponse immunitaire au Covid-19. Cette étude originale et ses résultats nous ont permis d’avoir une belle visibilité médiatique.

Catherine Goupillon Senghor :

Avec 14 actions presse rien que sur le Covid, nous avons été quand même très présents, en essayant au maximum de coller à l’actualité et en faisant la promotion de l’expertise recherche hors cancer ce qui a permis de mettre en lumière des chercheurs qui ne l’étaient pas auparavant. La mobilisation des équipes hospitalières qui ont été réquisitionnées pour les soins intensifs a également été un fort volet de visibilité. Il y avait beaucoup d’angles possibles ce qui n’était pas toujours facile mais ça a porté ses fruits car nous avons généré sur l’ensemble de la médiatisation de l’Institut Curie 379 retombées liées au Covid sur un corpus de 3 200 retombées. Mais une des forces de l’Institut Curie c’est la recherche fondamentale en immunologie, c’est ce qui a fait qu’on a pu tirer notre épingle du jeu.

Est-ce que cette situation vous a permis de toucher d’autres cibles, de nouer des relations avec de nouveaux journalistes ?

Catherine Goupillon Senghor :

Nous avons été amenés à contacter des journalistes qui n’étaient pas forcément spécialisés dans la santé car il y avait tellement de choses à évoquer, c’était intense. Donc oui avec certains journalistes qui n’étaient pas nos journalistes habituels, mais est-ce que ces relations se sont pérennisées ? Je ne suis pas sûre.

L’édition 2021 de la Jonquille Contre le cancer a tiré son épingle du jeu en termes de visibilité. Virtualiser la course a-t-il joué un rôle important dans ce succès ?

Elsa Champion :

Effectivement, la course virtuelle nous a donné beaucoup de visibilité et un sujet facile à relayer dans les médias grand public. Pour la première fois, la course de la Jonquille était accessible partout et sur tout le territoire. La thématique de cette édition consacrée à l’intelligence artificielle a également suscité l’intérêt des journalistes. Même si le lancement de l’événement n’a pas eu lieu comme habituellement sur le parvis du Panthéon, beaucoup d’actions ont été menées et renforcées au niveau digital.

Des actions ciblées et des relances régulières ont permis de garder le lien et susciter l’intérêt des journalistes malgré la conjoncture. Nous avons comptabilisé plus de retombées audiovisuelles par rapport à l’édition 2019 et il faut souligner, l’engagement de nos parrains et marraines qui nous ont offert un précieux soutien et une très belle exposition. Nous avons misé sur des stratégies différentes, encore inexistantes l’année précédente, où tout a été axé sur le digital. Et le bilan en ressort positif.

Catherine Goupillon Senghor :

Finalement il y a des choses qui se sont avérées positives. Très probablement notre opération Une Jonquille contre le cancer méritait d’être un peu réorientée par rapport à son dispositif événementiel initial qui était très classique et commençait à montrer ses limites notamment en termes de coût. Nous étions aussi très dépendants de la météo. La partie événementielle prenait peut-être trop de place par rapport au reste des outils possibles. Et il devenait aussi important pour nous de toucher davantage la jeune génération. Stratégiquement, nous avions du mal à éliminer cet aspect événementiel et de fait on a été obligé de l’éliminer, ce qui fait qu’aujourd’hui l’opération n’aura plus le même périmètre qu’avant. Le format initial a fondamentalement changé avec la crise et sans doute que c’était le bon moment pour nous. C’est une opération qu’on mène depuis 2004 donc la crise sanitaire a été l’occasion de nous renouveler.

Le télétravail a-t-il également modifié votre façon de travailler ? notamment avec les équipes digitales ?

Catherine Goupillon Senghor :

Nous étions déjà dans une dynamique très 360° mais peut-être que ça a davantage renforcé nos relations avec les autres équipes. Notamment entre le pôle média et le pôle digital car tout était digitalisé pendant cette période. Au sujet du télétravail, j’ai fait un mois de télétravail depuis l’étranger ! C’était vraiment inédit. On voit que tout est possible aujourd’hui dans nos métiers grâce au télétravail. Même organiser une conférence de presse avec notre président depuis un pays lointain !

Avec les journalistes, le lien virtuel s’est-il renforcé selon vous ?

Elsa Champion :

Oui et surtout j’ai l’impression que Teams s’est substitué au téléphone, finalement on les « voit » plus qu’avant !

Catherine Goupillon Senghor :

Et je pense que ça va continuer, notamment pour éviter de déplacer des équipes dans certains cas. Ça ne remplacera jamais le lien réel mais c’est un moyen facile d’avoir une réaction d’un expert qui est loin ou pas disponible. Les points presse en visioconférences continueront, sans être exclusifs. On a gagné du temps ! Une journaliste du Parisien nous racontait qu’elle était désormais en mesure de suivre plusieurs conférences de presse dans la journée. Et effectivement on remarque qu’on a plus de gens qui s’inscrivent à nos conférences car ils peuvent jongler d’un point presse à l’autre sur une journée tout en gardant du temps pour écrire. Le virtuel offre la possibilité d’écouter d’une oreille si ce n’est pas passionnant et d’attendre l’intervenant d’après.

Ces nouveaux outils permettent beaucoup plus de souplesse et d’agilité. On le voit aussi à l’occasion de nos réunions, surtout celles où on n’intervient pas forcément. On doit être là parce qu’on doit juste récupérer quelques informations et si on était en présentiel, on ne pourrait pas faire nos mails en même temps ! C’est logique, tout le monde le fait ! On est capable de faire deux choses en même temps. Toutefois, avec le télétravail on a beaucoup perdu sur l’informel ce qui nous a obligé à remettre aussi des process pour récupérer de l’information. Avec le recul, mise à part l’angoisse de la maladie qu’il ne faut surtout pas minimiser, c’était une période presque excitante. Il a fallu faire preuve de créativité et mouliner nos cerveaux pour changer nos pratiques. C’est le bon côté de cette crise, on a su se réinventer sur pas mal de points.

Interview menée par Louise Rey, Chargée d’Études Senior / Senior Research Analyst chez Cision France.

Marc Michiels

Marc Michiels

Rédacteur en chef : Donner la parole à l’autre sous la forme d’une tribune, une interview est en quelque sorte se donner à lire, comme une part de vérité commune… / Retrouvez-moi sur LinkedIn

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