L’art de lire entre les lignes

Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
Share on facebook
Facebook

#ParoledInfluenceur

« Babelio a beau être un site web, nous envoyons avant tout des lecteurs dans les librairies physiques !  ».

Depuis plus de 10 ans, Babelio est un réseau social de lecteurs qui permet aux passionnés de livres d’échanger entre eux des recommandations de lecture. Avec 4 500 000 visiteurs uniques mensuels, il y a aujourd’hui près de 2 millions de « critique » partagées par l’ensemble de la communauté pour plus de 72 600 internautes sont connectés sur la FanPage et plus de 43 700 followers sur Twitter avec le compte @Babelio.

Depuis peu, Babelio c’est aussi une application sur mobile et qui permet d’enregistrer sa bibliothèque sur son téléphone tout en continuant à partager ses avis sur les livres que l’on a lus. A noter que lorsque qu’un internaute est connecté, son fil d’actualité personnalisé fait remonter des idées de lecture de son réseau social. Et puis en scannant le code
barre d’un livre vous obtenez instantanément la notice du livre sur Babelio.



Culture RP a voulu en connaître d’avantage auprès de Guillaume Teisseire, cofondateur de Babelio.com.

Quel est votre parcours et comment a germé cette formidable histoire d’avis sur le livre et d’échanges entre lecteurs ?

J’ai un parcours assez généraliste (école de commerce, puis Sciences Po, puis un master en droit de l’audiovisuel à la Sorbonne.) Après mes études, j’ai travaillé quelques années dans le conseil en stratégie dans le secteur des médias.

C’est Pierre Fremaux, cofondateur de Babelio, qui a identifié début 2007 la naissance de communautés de lecteurs en ligne aux Etats-Unis. Il faut avoir en tête qu’à cette époque, Facebook n’était même pas disponible en France. Les réseaux sociaux, a fortiori spécialisés, étaient encore très embryonnaires.

Passionnés l’un et l’autre de lecture, nous avons rejoint ces communautés américaines, pour nous rendre compte rapidement que si les outils proposés étaient excitants, un lecteur francophone ne s’y retrouvait pas vraiment, car les livres aux cœurs des échanges restaient principalement anglo-saxons.

D’où l’idée de lancer une plateforme à destination des lecteurs francophones. Nous avons rencontré Vassil Stefanov, troisième cofondateur et responsable du développement technique, tout aussi passionné par les livres, et nous nous sommes lancés.
Au départ, c’était un projet artisanal, mené le soir et le week-end en parallèle de nos emplois respectifs, sans forcément avoir l’idée d’en faire une entreprise. Et au fil des années, la croissance de la communauté nous a amenés à en faire notre activité principale, pour devenir aujourd’hui une structure indépendante de 10 personnes.

Ne pensez-vous pas que ces interactions humaines ont contribuées à faire vivre cette passion que représente l’écriture en France tout en pérennisant une économie que l’on disait déclinante et en ouvrant une fenêtre émotionnelle active entre les internautes ?

Babelio (et plus largement tout ce qui passe sur Internet autour de la prescription entre lecteurs) n’a pas inventé le bouche à oreille, qui est la forme la plus ancienne de recommandation. Mais notre plateforme a permis de lui offrir une caisse de résonance plus importante et de le démultiplier. Là où historiquement, on échangeait avec un cercle réduit de lecteurs parmi ses proches, un outil comme Babelio permet d’identifier un autre lecteur, à l’autre bout de la France, dont on partage les goûts et dont on aime découvrir les derniers coups de cœurs littéraires.

La prescription entre lecteurs vient aussi combler un vide de la critique littéraire traditionnelle sur certains genres tels que : les ouvrages jeunesse, la bande dessinée, le polar, les littératures de l’imaginaire, la romance etc… Ces échanges horizontaux permettent de décomplexer la lecture pour des publics qui parfois peuvent être intimidés par la librairie ou la critique institutionnelle.

Sur Babelio, les lecteurs s’expriment sur tout type de littérature, de la plus populaire à la plus exigeante, sans qu’elles soient hiérarchisées pour autant.

Comment est organisé ce réseau social au niveau de son architecture de contenu, ainsi que sa modération des avis ? Y a-t-il pour la personne qui écrit ses avis des règles, des bonnes pratiques à adopter ?

L’objectif de Babelio, c’est d’aider les lecteurs à découvrir leur prochaine lecture, en leur donnant le plus d’information possible sur les livres. D’une part, toute l’information publiée par la communauté : critiques, citations, notes, mots clés thématiques, listes de découverte, recommandations de livres proches etc. Et d’autre part, nous complétons cette information communautaire en agrégeant d’autres éléments : critiques de la presse, vidéos des auteurs, premières pages à consulter, podcasts etc. On espère ainsi donner à l’internaute le maximum de clés d’entrée pour se faire une idée d’un livre.

Concernant la modération, il y a bien entendu l’obligation de ne pas poster de contenus racistes, antisémites, pornographiques, publicitaires etc. Mais pour le reste, nous ne donnons aucune indication de structure ni de taille des critiques. La chance que nous avons, c’est d’être une communauté de grands lecteurs, qui sont bien souvent de très bonnes plumes. Babelio est probablement le réseau social qui compte le moins de fautes d’orthographe ! Avec le temps, un standard de critique s’est installé de manière naturelle sur le site : une critique assez longue et argumentée (1 100 caractères en moyenne) plutôt qu’un avis consommateur lapidaire d’une ligne.

Et les lecteurs de Babelio sont des passionnés, au bon sens du terme. Ils sont là pour partager les lectures qui les ont touchés, ou lorsqu’ils ont été déçus, pour expliquer pourquoi de manière raisonnée. 900 nouvelles critiques sont publiées chaque jour sur le site, et il est extrêmement rare que nous ayons à faire face à des débordements. Notre souci principal de modération (qui reste quand même mineur), c’est plutôt l’auteur qui vient ajouter de fausses critiques sur son livre pour se faire de la publicité. Nous avons heureusement développé des outils de détection et d’alertes qui nous permettent de les retirer rapidement.

Dans un temps où la recommandation est importante, quelle est aujourd’hui la position des maisons d’éditions et des auteurs sur votre développement alors que votre démarche n’est pas de vendre directement de livres sur le site ?

Babelio n’est effectivement pas libraire. Sur chaque notice, nous proposons une redirection vers différents libraires en ligne. Ce que nous savons, c’est que nous sommes le premier apporteur d’achat pour les libraires en ligne français.

Mais ce que nous savons aussi, lorsque l’on interroge notre communauté, c’est que la librairie en ligne représente moins de 20% de leurs achats de livres. Babelio a beau être un site web, nous envoyons avant tout des lecteurs dans les librairies physiques !

Nous travaillons donc étroitement avec les éditeurs pour la promotion de leurs sorties, sous différentes formes : travail sur le bouche à oreille, affichage publicitaire, emailings, rencontres entre des auteurs et nos lecteurs etc.

Vous venez de créer une application mobile qui favorise l’instantanéité de l’engagement des lecteurs. N’y a t-il pas une contradiction assumé pour faire passer le livre physique vers le tout digital, où est-ce simplement une question d’usage digitale complémentaire ?

Ah non, notre application mobile n’a pas pour objectif de faire basculer les lecteurs vers la lecture numérique ! De la même manière qu’écouter les critiques du Masque et la Plume sur France Inter ne conduit pas à passer au livre audio ☺

Même parmi les grands lecteurs qui constituent la communauté de Babelio, la lecture numérique reste un usage de complément, à l’image du marché global du livre. Le fort tissu de librairies en France, lié au prix unique du livre qui empêche les gros distributeurs de casser les prix, et le fait que les éditeurs aient fait le choix de maintenir un tarif relativement élevé sur le format numérique, ont largement protégé la lecture traditionnelle de livres papier.

Quant à notre application, les retours d’usages que nous avons montre qu’elle est précisément très utilisée en librairie : il suffit de scanner le code barre d’un livre pour s’assurer qu’on ne l’a pas déjà dans sa bibliothèque et accéder aux avis des lecteurs.

Que pensez-vous de ces « territoires » du son et de l’image au travers du Livre Audio, des Podcast et des Booktubeurs ? Pensez-vous, développer en interne des nouvelles rubriques intégrant ses nouvelles formes d’influences, de sensibilisations de nouveaux lectorats ?

Nous sommes bien entendu sensibles à ces nouveaux canaux de prescription. Nous avons depuis trois ans une chaîne Youtube, sur laquelle nous avons posté près de 300 vidéos : interviews d’auteur, coups de cœur de l’équipe, reportages, couverture de festivals etc. Et nous venons de passer la barre des 20 000 abonnés à notre compte Instagram, sur lequel nous publions notamment chaque lundi la photo d’un lecteur rencontré au hasard dans la rue, qui présente le livre qu’il a entre les mains, une autre forme de découverte très appréciée par notre communauté.

Côté podcast, nous observons avec intérêt l’effervescence autour du format. Beaucoup de choses se lancent autour du livre ces temps-ci. Nous n’avons pour l’instant pas de projet en la matière, mais les choses peuvent changer.

Avez-vous en projets des partenariats avec des auteurs, les maisons d’éditions, des institutions tel que la BNF pour enrichir les modes de promotion du livre, pour unifier, modifier en profondeur les relations et interactions entre les acteurs de la chaîne, lecteurs et auteurs compris ?

Nous faisons déjà beaucoup de choses ☺

Et la chaîne du livre est une organisation qui s’inscrit dans le temps long. Par certains aspects, l’industrie du livre peut être vue comme un secteur conservateur, mais on peut aussi penser que c’est ce goût pour la patience et les longues histoires qui explique sa robustesse. Babelio est tout jeune, mais En 12 ans d’existence, nous avons déjà vu passer un certains nombre d’acteurs qui prétendaient renverser la table en 6 mois et qui ont disparu depuis. Nous nous gardons bien d’être trop présomptueux sur le sujet !

Et nous ignorons de quoi l’avenir sera fait. Il y a trois ans, par exemple, nous étions une plateforme d’échanges 100% virtuels. Puis, petit à petit, nous avons commencé à organiser des rencontres physiques entre des lecteurs et des auteurs. Résultat, sur les six premiers mois de 2019, nous en avons déjà organisé 36. Je donne cet exemple pour dire que nous aurons peut-être des activités très différentes dans quelques années, dont je n’ai pas la moindre idée à ce jour…

Mais en attendant, retrouvez les livres les plus attendus pour cette rentrée littéraire de septembre 2019 : https://www.babelio.com/liste/10858/Les-livres-les-plus-attendus-de-la-rentree-littera

Et bonne lecture !

Marc Michiels

Marc Michiels

Rédacteur en chef Culture RP, Content Marketing et Social Média Manager : « Donner la parole à l’autre sous la forme d’une tribune, une interview, est en quelque sorte se donner à lire ; comme une part de vérité commune, pour qu'apparaisse le sens sous le signe… ». / Retrouvez-moi sur LinkedIn

Vous aimerez aussi

S’inscrire aux alertes de Culture RP, c’est s’assurer de ne rien perdre de l’information mise à disposition sur notre blog.